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Bulletin des Négociations de la Terre (ENB)

Volume 33 Number 12 - Mardi, 30 juin 2015


Faits Marquants du FPHN 2015

Lundi, 29 juin 2015 | New York, Etats-Unis


Langues: AN (HTML/PDF) FR (HTML/PDF)
Visitez notre couverture ENB/IISD depuis la réunion de New York, Etats-Unis: http://enb.iisd.org/hlpf/2015/

L’édition 2015 du Forum politique de haut niveau sur le développement durable (FPHN) sous l’égide du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC), s’est poursuivie lundi 29 juin. Une réunion matinale avec des États membres s’est penchée sur le thème « Comment la science peut-elle éclairer la prise de décisions ». Des dialogues modérés ont eu lieu dans la matinée et l’après-midi sur les thèmes: « Soutenir l’action nationale avec les résultats du FPHN »; « Un implication permanente de la science dans la mise en œuvre des ODD »; et « Le RMDD, un pont entre les ODD et les communautés scientifiques ».

« COMMENT LA SCIENCE PEUT-ELLE ECLAIRER LA PRISE DE DECISIONS »

Martin Sajdik, Président de l’ECOSOC, a présenté la session en notant que les discussions visaient à dégager les mesures et recommandations pratiques pour permettre aux scientifiques d’interagir avec les décideurs politiques.

Lucilla Spini, de l’International Council for Science (ICSU), a exhorté les gouvernements et institutions à interagir avec des organisations comme le ICSU. William Colglazier, de l’American Association for the Advancement of Science (AAAS), a appelé les scientifiques à être conscients sur ce que la science « peut et ne peut pas dire » lorsqu’elle prodigue des conseils aux décideurs politiques.

Patrick Paul Walsh, de l’University College Dublin, Irlande, et du Sustainable Development Solutions Network (SDSN), New York, a salué le RMDD en tant qu’interface entre les scientifiques et décideurs politiques. Paul Shrivastava, Directeur exécutif du Secrétariat de Future Earth, a déploré la fragmentation qui affecte parfois le discours scientifique.

Luis Augusto Galvão, de la Pan American Health Organization (PAHO), a instamment invité à utiliser la science pour établir des orientations à l’intention des décideurs politiques. Maria Ivanova, de l’Université du Massachusetts Boston, et membre du Conseil scientifique du Secrétaire-général, a suggéré une participation plus poussée des scientifiques au FPHN.

Guilherme de Aguiar Patriota, Adjoint au Représentant permanent du Brésil aux Nations Unies, a fait observer qu’au Brésil les scientifiques participent de la scène politique et contribuent à façonner et à alimenter le débat.

Dans la discussion qui a suivi, les participants ont examiné: la possibilité de tenir un forum science-politique dans la suite immédiate des sessions du FPHN; les mécanismes permettant d’assurer des avantages mutuels; le financement de la recherche; le renforcement des capacités; et le potentiel d’harmonisation scientifique.

Concluant la session, Nikhil Seth, Directeur de la Division des Nations Unies pour le développement durable, a instamment demandé, entre autres, que le dialogue « aille au-delà de celui qui se déroule pendant les périodes intersessions » et qu’il ait lieu à tous les niveaux.

« SOUTENIR L’ACTION NATIONALE AVEC LES RESULTATS DU FPHN »

La Vice-Présidente de l’ECOSOC María Emma Mejía Vélez, Colombie, a présenté le panel d’intervenants en soulignant, avec la Modératrice Aisa Kirabo Kacyira, Directrice exécutive adjointe d’ONU-Habitat, l’importance d’une planification et une mise en œuvre intégrées, et de la cohérence politique, pour parvenir aux ODD.

La Modératrice Kacyira a exhorté les délégués à regarder « l’image d’ensemble » de façon critique et moins diplomatique, en soulignant que le succès au niveau local ne peut être atteint que si le programme de développement durable est pleinement réalisé.

Pio Wennubst, Assistant du Directeur général de l’Agence suisse de coopération au développement, a appelé à la cohésion et à mettre en place des incitations, en affirmant que la cohésion doit se fonder sur la confiance, avec des « règles du jeu » claires, de façon à mieux traiter les questions politiques difficiles. Il a estimé que les incitations devraient être inclues dans le mécanisme d’examen, en s’inspirant et en apprenant des expériences mutuelles. Il a déclaré que les processus devraient se dérouler dans un cadre multipartite aux niveaux national, régional et mondial, de façon à faciliter l’harmonisation et garantir l’efficacité des résultats.

Gustavo Adolfo Meza-Cuadra Velásquez, Représentant permanent du Pérou aux Nations Unies, et Président du Comité d’ensemble de la CEALC, a souligné l’importance des perspectives du niveau national et régional dans le programme de développement pour l'après-2015. Il a souligné le besoin d’un développement centré sur l’humain, avec des processus locaux, conduits par la citoyenneté, multipartites et participatifs, guidés par des incitations visant à faciliter un partenariat efficace au niveau mondial.

Manish Bapna, Vice-Président exécutif et Directeur gestionnaire du World Resources Institute, a invité les délégués à examiner les principales caractéristiques du programme de développement pour l'après-2015, à savoir le caractère transformateur, l’universalité et l’intégration. Il s’est interrogé sur la façon de réussir l’intégration, en suggérant des étapes nécessaires pour y parvenir: un leadership politique audacieux; de nouvelles institutions; un engagement actif des acteurs locaux; des mécanismes de financement flexibles; et des résultats visibles au plus vite.

Pour la mise en œuvre effective des ODD, Evelyn Ugbe, du Programme environnemental des femmes, Nigeria, au nom du Grand groupe des FEMMES, a instamment prié le FPHN: de réviser l’architecture institutionnelle; de « ne laisser personne pour compte »; d’ancrer les processus d’examen au niveau national; de soutenir la mise en œuvre au niveau national par un transfert de technologies qui soit, entre autres, sensible aux questions de genre; d’entreprendre efficacement le suivi et l’évaluation; et d’améliorer les efforts de renforcement des capacités.

Au cours des discussions, les délégués ont souligné: le rôle des Parlements dans la mise en œuvre et le leadership politique au niveau national, ainsi que le lieu au FPHN en matière de suivi et d’examen; le suivi et l’examen des MMO; le soutien au renforcement des capacités au niveau national, y compris dans la collecte et l’analyse de données avec une désagrégation des données suivant les problématiques de genre; les partenariats, et notamment tels qu’énoncés dans la Voie à suivre de SAMOA, avec une suggestion de tenir une session du FPHN dédiée spécifiquement aux partenariats; l’importance des système d’examen par des pairs; et l’intégration de la jeunesse au suivi et à l’examen.

Les délégués ont également abordé: l’inclusion des processus locaux aux rapports sur les progrès accomplis au niveau national; le rôle de diffusion du programme aux niveaux national et local; la technologie comme facteur facilitateur d’une mise en œuvre effective; l’importance de la cohérence, notamment dans les processus d’examen et de suivi avec des indicateurs communs pour tous les pays; le besoin d’une participation plus forte des parlementaires; des délibérations publiques inclusives, transparentes et responsables au niveau national; et le besoin à la fois d’incitations et de mécanismes de responsabilisation.

La Vice-Présidente de l’ECOSOC María Emma Mejía Vélez a clos le dialogue en soulignant l’importance de la volonté politique aux niveaux local et parlementaire, ainsi que celle de la communication entre organisations, congrès et citoyennetés au niveau régional.

« UN IMPLICATION PERMANENTE DE LA SCIENCE DANS LA MISE EN ŒUVRE DES ODD »  

Le Président de l’ECOSOC Martin Sajdik a ouvert la session d’après-midi en soulignant le besoin d’approches scientifiques et politiques intégrées, et de renforcer la capacité scientifique en particulier dans les PMA.

Gabriel Vallejo López, Ministre de l’environnement et du développement durable de la Colombie, a souligné l’importance d’intégrer la science dans les décisions locales et régionales pour œuvrer dans le sens du développement durable, notamment pour ce qui concerne le changement climatique. Estimant que la science devrait être prioritaire aux côtés de la politique, il a affirmé que, sans bases scientifiques, « tout ce sur quoi nous travaillons ne nous portera qu’à mi-chemin ».

Wu Hongbo, Sous-secrétaire général des Nations Unies aux affaires économiques et sociales, a résumé les conclusions du RMDD. Soulignant sa publication opportune du point de vue de la prise de décisions cette année historique, il a mis en exergue l’importance des approches intégrées scientifique et politiquement pour ouvrir une voie ambitieuse et transformatrice vers le développement durable.

Le Modérateur Paul Shrivastava, Directeur exécutif du Secrétariat de Future Earth, a noté que le principal mécanisme d’intégration de la science dans les ODD est l’interface science-politique.

Lucilla Spini, de l’ICSU, a déclaré que l’un des rôles de l’interface science-politique est de fournir une plateforme où toutes les communautés puissent se rassembler pour faire avancer le développement durable.  Elle a indiqué que l’ICSU peut constituer un outil précieux pour impliquer la communauté scientifique dans le FPHN, en soulignant que la communauté scientifique et technologique est prête à travailler avec le FPHN pour « porter la voix de la science dans les ODD ».

Luis Augusto Galvão, de la PAHO, a souligné que le secteur de la santé se situe à l’intersection du changement climatique et du développement durable. Il a évoqué les défis que pose le développement durable au secteur de la santé, en appelant à de nouveaux mécanismes pour traiter les défis comme l’inégalité et le besoin d’un langage commun.

Maria Ivanova, de l’Université du Massachusetts Boston, et membre du Conseil scientifique du Secrétaire-général, a évoqué les rôles de la science dans l’interface science-politique et dans l’identification du lien de causalité entre les systèmes humain et naturel. Elle a rapporté que l’analyse de la mise en œuvre d’une dizaine de Conventions environnementales mondiales révèle des niveaux de communication plus élevés lorsque le Secrétariat s’engage activement auprès des États membres et lorsque ceux-ci ont le sentiment que leurs rapports sont pris en compte et utiles.

Dans la discussion qui a suivi, les délégués se sont penchés sur: un dialogue permanent entre la communauté scientifique et les décideurs politiques au niveau des Nations Unies, au-delà du FPHN; la mise en œuvre des mécanismes de transfert de technologies; la science comme outil pour analyser les progrès accomplis, éclairer les politiques à tous les niveaux et fournir des données désagrégées; et la mise en palce de mécanismes justes et équitables de transfert de technologies.

Parmi les autres points soulevés: l’utilisation des résultats appuyés sur des preuves scientifiques pour des interventions efficaces; promouvoir plus avant la collaboration scientifique entre pays et disciplines; développer un nouveau paradigme pour une communauté de savoir non uniquement fondée sur la technologie; la création de groupes d’experts pour soutenir les processus du FPHN; percevoir l’avant projet comme une opportunité de renforcer l’intégration entre science et politique; et le besoin de travailler sur la science et la politique à un niveau pratique, car la communauté scientifique et technologique ne détient pas toutes les réponses.

Fermant la session, Shrivastava a souligné qu’il existe un clair besoin d’un type de science différent, qui puisse avoir des impacts significatifs, qui soit holistique, qui respecte les différences et engage toutes les parties prenantes.

« LE RMDD, UN PONT ENTRE LES ODD ET LES COMMUNAUTES SCIENTIFIQUES »

Le Modérateur Patrick Paul Walsh, de l’University College Dublin, Irlande, et du SDSN, New York, a souligné, entre autres: l’importance d’augmenter les contributions ascendantes aux RMDD; l’innovant dialogue entre communauté scientifique, décideurs politiques et parties prenantes, qui devrait également se dérouler à tous les niveaux et s’engager sur des thèmes spécifiques; et que le rapport devrait stimuler la participation mondiale, en aidant à appliquer la vision « sur la terrain ».

William Colglazier, de l’AAAS, a suggéré, entre autres: de bâtir un « écosystème » de conseil scientifique; d’analyser chaque ODD pour en extraire les difficultés, les actions pouvant faire une différence, et les possibles solutions innovantes; et d’élaborer des sociétés fondées sur la connaissance.

Lucilla Spini, de l’ICSU, a souligné que le RMDD est un outil important à la fois pour les communautés scientifique et politique, et qu’il a permis d’avancer la science de la durabilité tout en étant un important outil de prise de décisions sur la base de preuves scientifiques. Elle a déclaré que le RMDD joue également un rôle comme mécanisme permettant d’inclure les acteurs de la science, de la politique et de la pratique dans la mise en œuvre des ODD et dans l’indentification des lacunes scientifiques et politiques.

Dans la discussion qui a suivi, les participants ont examiné la portée, l’objectif et le contenu du RMDD, en notant que le rapport devrait être une évaluation d’évaluations, de nature collaborative, et communiquer facilement les messages clés. D’autres ont souligné que le rapport devrait employer les résultats scientifiques les plus récents et identifier les questions nouvelles et émergentes. Parmi les autres questions abordées: le RMDD comme publication phare du développement durable et des ODD; utiliser des expertises en dehors du système des Nations Unies; et mieux relier le RMDD aux ODD pour qu’ils se renforcent mutuellement.

Les délégués ont soulevé des questions sur: les liens avec d’autres processus et rapports connexes de façon à créer des synergies et éviter toute duplication; la communication destinée aux éducateurs; et la communication avec les communautés scientifique et technologique pour assurer que le rapport soit crédible, légitime et transparent.

DANS LES COULOIRS

Cette deuxième journée du FPHN s’est ouverte par des discussions sur le rôle que le FPHN pourrait jouer dans l’interface science-politique, sur le RMDD en tant que pont entre science et politique, et sur la façon de soutenir l’action nationale. À mesure que ces discussions avançaient, les délégués se sont dits que certains pourraient considérer cette session du FPHN comme un « élément de substitution », étant donné qu’il n’y a pas encore d’accord sur le programme de développement pour l'après-2015, et que les décisions ne pourront commencer à être prises concernant le rôle futur du FPHN que lorsque cet accord aura été conclu.

D’autres ont toutefois noté que la session offre une occasion non négligeable de discuter et de partager des points de vue pour continuer à se faire une idée commune du potentiel du FPHN au-delà du Sommet de septembre. À la fin de la journée, certains ont pris bonne note de cela en signalant le consensus naissant sur le rôle de la science au sein du FPHN – un délégué a souligné les nombreux appels lancés par les États membres et d’autres acteurs à donner une plus grande place aux communautés scientifique et technologique dans le FPHN, au-delà de leur actuel statut de simples observateurs.