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Bulletin des Négociations de la Terre (ENB)

Volume 26 Number 14 - mercredi, 18 mars 2015


Les Faits Saillants de la CMPRC

mardi, 17 mars 2015 | Sendai Japon


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Visitez notre couverture ENB/IISD depuis la réunion de Sendai, Japon: http://enb.iisd.org/isdr/wcdr3/

Les négociations à la troisième Conférence mondiale des Nations Unies sur la prévention des risques de catastrophes (CMPRC) se sont accélérées à Sendai, au Japon, les délégués travaillant en groupes de rédaction informels visant à finaliser le cadre post-2015 pour la PRC pour adoption à la fin de la conférence, mercredi. Pendant ce temps, un dialogue de partenariat de haut niveau a eu lieu dans la matinée sur le thème "GRC inclusive: les objectifs, les communautés et les groupes", et une table ronde ministérielle s’est déroulée, dans l’après-midi, sur les stratégies d’investissement public pour la PRC. Plusieurs séances de travail ont également eu lieu sur la sécurité alimentaire et l’agriculture résiliente face aux catastrophes, les enfants et les jeunes, et la participation des personnes handicapées dans la PRC inclusive.

Les délégations nationales ont poursuivi leurs déclarations officielles dans un échange de vues général qui a englobé des comptes rendus sur l’impact de catastrophes et des stratégies de RRC, la mise en place de cadres législatifs et de la sensibilisation en tant qu’élément clé des stratégies nationales de PRC.

LA GRANDE COMMISSION

La Grande Commission s’est réunie à titre informel dans la matinée, après avoir mené des discussions textuelles détaillées jusqu’à trois heures, mardi matin.

Les délégués ont souligné que la mise en œuvre du cadre post-2015 pour la PRC exigerait de l’UNISDR d’être significativement "plus actif" à l’avenir, en particulier dans le domaine de l’interaction avec d’autres processus de développement durable, sauf que l’UNISDR dispose actuellement de ressources limitées par rapport à beaucoup d’autres institutions des Nations Unies.

Les délégués ont examiné les processus d’évaluation éventuels pour le cadre post-2015 pour la PRC, y compris les processus de suivi intégrés et coordonnés de l’Assemblée générale de l’ONU, des conférences et sommets des Nations Unies, impliquant potentiellement un ou plusieurs, de l’ECOSOC, du Forum politique de haut niveau (HLPF) et de l’examen quadriennal complet. Margareta Wahlström, UNISDR, a déclaré que les approches en vigueur de la communication des données de l’UNISDR serviraient de plateforme pour la mise en conformité avec les processus d’évaluation plus larges des Nations Unies.

Les délégués ont également discuté du calendrier des évaluations périodiques des progrès accomplis, et des délégués de pays en développement ont souligné que continuer de mener des évaluations biennales nécessiterait des ressources importantes.

Les délégués ont examiné la création d’un groupe de travail d’experts intergouvernemental à composition non limitée pour élaborer des indicateurs permettant de mesurer les progrès accomplis dans le domaine de la PRC. Les délégués des pays en développement ont exprimé leur préoccupation au sujet des répercussions sur les ressources potentielles et ont souligné la nécessité d’une représentation équilibrée. Les délégués des pays industrialisés ont suggéré que les experts soient désignés par les gouvernements et que le Groupe consultatif scientifique de l’UNISDR (STAG) devrait soutenir le groupe par des conseils techniques.

A la mi-journée, les coprésidents ont distribué deux documents de discussion, renfermant les discussions de la Grande Commission sur les principales questions non résolues figurant dans le texte du préambule, sur le descriptif des résultats attendus et objectif du cadre, et sur les principes directeurs, ainsi que sur les paragraphes consacrés à la coopération internationale et au transfert de technologie.

Dans l’après-midi, le Commission s’est réunie de nouveau et a décidé de poursuivre les négociations "informelles informelles" sur les principales questions non résolues dans deux groupes de travail formés, chacun, de douze pays représentés: un groupe sur le changement climatique et la coopération internationale, et l’autre sur le transfert de technologie et les questions diverses. Les groupes de travail ont poursuivi les discussions jusque tard dans la nuit.

DIALOGUE DE PARTENARIAT DE HAUT NIVEAU

Gestion des risques de catastrophe inclusive - les gouvernements, les communautés et les groupes agissant de concert: Noel Arscott, ministre des collectivités locales et du développement communautaire, Jamaïque, a présidé la séance, et Veronica Pedrosa, correspondante de médias, y a modéré les travaux. Anote Tong, Président de Kiribati, a prononcé un discours soulignant la nécessité d’établir une législation régissant la PRC et de surmonter la bureaucratie internationale pour accéder aux fonds mondiaux destinés à la PRC et à la lutte contre le changement climatique.

Laila Iskander, ministre du Renouvellement urbain et des établissements humains informels, Égypte, a souligné le rôle des ONG en tant que bâtisseurs de confiance entre le gouvernement et les communautés locales. Fatimatou Abdel Malick, maire de Tevragh-Zeina, Mauritanie, a souligné l’impératif de préserver les droits des communautés.

Nicola Valluzzi, président de la Province de Potenza, Italie, a mis en exergue le travail visant à renforcer la résilience au niveau local, soulignant la nécessité de prendre en considération les attitudes culturelles par rapport à la gestion des risques, dans l’élaboration des politiques de PRC.

Anthony Lake, Directeur général de l’UNICEF, a appelé à l’implication des enfants des communautés vulnérables dans l’évaluation des risques, citant des exemples de jeunes impliqués dans la cartographie des catastrophes et dans les efforts de reconstruction et de restauration au Népal, au Brésil et au Japon.

Soulignant la nécessité de "ne laisser personne derrière", Carlos Mansilla Kaiser, ONG Inclusiva, a proposé des normes d’inclusion à la PRC. Josephine Basibas Castillo, Damayan ng Maralitang Pilipinong Api Inc, Philippines, a affirmé que l’implication des communautés de base dans la planification et la mise en œuvre de la PRC réduit la corruption dans les projets et programmes et facilite l’élargissement des solutions de PRC.

Les participants ont évoqué, entre autres: la création d’un "partenariat d’égal à égal" entre les chercheurs et les communautés locales; l’édification de communautés virtuelles inclusives de PRC; et l’encouragement des médias à être actifs en fournissant des informations précises dans le cadre des efforts de la PRC.

LA TABLE RONDE MINISTÉRIELLE

Stratégies d’investissement public pour la PRC: Raed Arafat, Secrétaire d’Etat au ministère des Etats d’urgence, Roumanie, a présidé l’événement.

Les orateurs ont donné des exemples d’actions nationales, y compris la création de fonds dédiés, l’utilisation de recettes fiscales, et l’affectation d’un pourcentage de l’investissement public à la PRC. Les participants ont souligné l’importance de transformer les dispositions institutionnelles, à travers, par exemple, l’harmonisation des fonds destinés à la lutte contre le changement climatique et à la PRC, ainsi que l’orientation d’investissements vers les zones qui sont plus dans le besoin, au moyen d’une cartographie des catastrophes.

L’Egypte a décrit trois sources de financement pour les investissements dans la PRC: Les frais d’inscription de propriété pour les résidents des quartiers informels qui ont déjà investi de l’argent dans leurs logements; les banques nationales; et les affectations budgétaires nationales. Le Salvador a appelé à l’élimination de la corruption dans le secteur de la construction dans le cadre des mesures de prévention des catastrophes. Le Vietnam et plusieurs autres pays en développement ont fait état de la limite de leurs ressources pour l’investissement public et ont exprimé leur besoin d’un soutien international pour l’investissement dans la PRC, y compris à travers l’APD. La Communauté d’Afrique de l’Est a parlé de l’accent qu’elle a placé sur l’investissement ou sur la promotion de l’investissement du secteur privé dans les infrastructures de haute qualité, y compris par des incitations fiscales. L’Ouzbékistan a mis en place un programme de mesures techniques et éducatives visant à remédier à la vulnérabilité aux tremblements de terre, au niveau de la communauté locale. Le Cap Vert a parlé des difficultés rencontrées par les petits pays pauvres dans le domaine de la préparation à de grandes catastrophes, évoquant l’éruption volcanique qui a frappé le pays, ces trois derniers mois, et qui a détruit les infrastructures.

L’Organisation météorologique mondiale a noté qu’au cours des cinq dernières années, 90% des catastrophes ont été causées ou aggravées par les conditions météorologiques et l’eau, et leurs effets auraient pu être amoindris de manière significative à travers de meilleurs systèmes d’alerte précoce (SAP) qui génèrent un rendement très élevé sur l’investissement public. La Commission économique des Nations Unies pour l’Europe a affirmé que des approches intersectorielles de l’évaluation des projets, qui impliquent également les ministères des finances, auront de meilleures chances d’obtenir un financement public. L’organisation ’Jeunes au-delà des catastrophes’ a appelé à un investissement public plus important dans la technologie. Un participant d’une collectivité locale palestinienne a appelé à l’ouverture des frontières durant les catastrophes.

LES SESSIONS DE TRAVAIL

Sécurité alimentaire, agriculture et nutrition résilientes face aux catastrophes: Amir Abdulla, directeur exécutif adjoint du Programme alimentaire mondial (PAM), a modéré la session.

Dominique Burgeon, directeur, Division des urgences et de la réadaptation, FAO, a souligné la nécessité de renforcer la planification de la PRC dans l’agriculture et d’améliorer le service d’alerte précoce (SAP) dans le domaine du signalement des phénomènes météorologiques extrêmes et de l’insécurité alimentaire. L’Amb. Shameem Ahsan, Bangladesh, a présenté les mesures nationales visant à améliorer la diversité des cultures, la résistance aux ravageurs et les systèmes de stockage. David Farrell, Institut des Caraïbes pour la météorologie et l’hydrologie, la Barbade, a parlé des efforts visant à renforcer le SAP, y compris à travers des structures garantissant la livraison de l’information. Il a mis en relief le travail du Cadre mondial pour les services climatologiques, et les forums régionaux sur le changement climatique, qui élaborent des scénarios concernant le climat, la santé et l’agriculture pour les Caraïbes.

D’autres orateurs ont expliqué comment des mesures de résilience ont servi à atténuer les effets d’inondations et de sécheresse, citant des exemples vécus en Ethiopie, au Kenya et en Namibie, et signalant, également, la mise en place, au Kenya, d’une Autorité nationale de gestion de la sécheresse.

Les enfants et les jeunes - Ne décidez pas de mon avenir sans moi: Ahmad Alhendawi, envoyé spécial des Nations Unies pour la Jeunesse, a modéré cette session, invitant les Enfants et les Jeunes à exposer leurs aspirations et actions visant à faire avancer un programme ambitieux de PRC. Le conférencier principal, Anthony Lake, directeur général de l’UNICEF, a déclaré que les Enfants et les Jeunes font partie de la solution face aux catastrophes. Il a souligné l’importance de la sécurité et de mesures telles qu’une école de natation, en tant qu’actions concrètes en faveur d’une PRC efficace. Les représentants des enfants et des jeunes ont appelé à de nouvelles avenues ouvrant sur leur participation à la prise de décision. Les thèmes soulevés dans le débat ont inclus: l’affectation budgétaire pour l’engagement des jeunes; l’importance du rôle des jeunes dans le bénévolat; la solidarité mondiale; et l’équité entre les générations et les liens avec les droits humains. Alhendawi a conclu la séance en indiquant que les enfants et les jeunes doivent être perçus comme "un atout pour la sauvegarde de l’avenir".

Participation active des personnes handicapées dans la PRC inclusive pour tous: Monthian Buntan, Comité des Nations Unies sur les droits des personnes handicapées, a modéré la session.

Yohei Sasakawa, président de la Fondation nipponne, Japon, a exprimé l’espoir de voir les accomplissements de la CMPRC aider à faire progresser l’inclusion de l’handicapées dans le développement mondial, y compris dans les ODD.

Setareki Macanawai, président, Disability Forum du Pacifique, Fidji, a appelé à la mise en œuvre de politiques de PRC multi-risques et multi-sectorielles inclusives.

Soulignant l’importance d’une planification "avec" et non "pour" les communautés, Marcie Roth, Federal Emergency Management Agency, Etats-Unis, a souligné que le rôle des personnes vivant avec un handicap, ne doit pas être symbolique.

Satoko Akiyama, Bethel’s House, Japon, a joué un rôle montrant un processus d’élaboration de messages d’alerte précoce avec des personnes handicapées, ainsi qu’avec celles souffrant d’un trouble de stress post-traumatique, de schizophrénie et de dépression.

Sonnia Margarita, Fédération mondiale des sourds aveugles, a appelé à un soutien gouvernemental à travers la prise de mesures englobant l’éducation des enfants sur la communication avec les sourds-aveugles.

Paul Njoroge, sénateur, Kenya, a déploré que seulement 16% des personnes handicapées dans son pays ont un emploi rémunéré, chose qui, a-t-il souligné, approfondit leur vulnérabilité.

En conclusion, Zanda Kalniņa-Lukaševica, vice-ministre des Affaires étrangères de la Lettonie, a souligné les efforts déployés par l’UE dans la création d’un cadre d’une PRC régionale intégrant le handicap.

DANS LES COULOIRS

Les tensions ont été vives, mardi matin, dans la Grande commission, les délégués ayant repris les discussions après une nuit de travail très tardive. L’humeur était suffisamment nébuleuse pour inciter le pays d’accueil à lancer, de la tribune, un appel exhortant les délégués à faire montre d’un "esprit de compromis" pour permettre la conclusion d’un accord sur le cadre post-2015 pour la PRC et la conception d’une déclaration politique. Bien que la plupart demeurent confiants quant à la conclusion d’un accord d’ici mercredi, la lenteur des progrès sur des libellés sensibles a amené un délégué à faire "une prédiction ferme d’une nuit blanche" pour les délégués déjà exténués.

Commentant la politisation relativement intense du processus de la PRC à cette conférence, un délégué a soupiré "Si elle était tenue après, et non avant, la réunion sur les ODD et la CdP sur le changement climatique, les choses auraient été tellement plus faciles". Un autre, toutefois, s’est félicité de l’injection soudaine d’une nouvelle énergie grâce au leadership de pays qui sont "éloignés politiquement", mais unis dans leur ambition de faire avancer le processus. Quelques pays ont protesté qu’ils ne se sentent pas représentés par les groupes de rédaction nouvellement formés, mais la majorité a semblé prête à s’aligner sur les appels de certaines délégations en faveur d’un niveau de confiance plus important et d’une bonne volonté. Ils ont été encouragés, en cela, par l’apparition de roses dans la salle de réunion, geste de courtoisie de l’un des pays participant aux négociations. Les hôtes ayant généreusement offert le dîner, en prévision d’une longue nuit, les délégués se sont accroupis pour résoudre leurs divergences.

COMPTE RENDU FINAL DU ENB: Le numéro du Bulletin des Négociations de la Terre consacré à la synthèse finale et analyse de la troisième Conférence mondiale des Nations Unies sur la prévention des catastrophes sera disponibles en ligne, dès le samedi 21 mars 2015 à l’adresse : http://enb.iisd.org/isdr/wcdr3/