Daily report for 16 February 2020

13th Meeting of the Conference of the Parties to the Convention on Migratory Species of Wild Animals (CMS COP13)

Des délégués de pays, d’organisations non-gouvernementales et d’organisations intergouvernementales se sont rassemblés ce dimanche lors d’un Segment de haut niveau pour discuter des priorités en matière de conservation des espèces migratrices dans le contexte du Cadre mondial de la biodiversité pour l’après 2020, et ont mis en exergue l’importance de la connectivité dans la lutte contre les menaces inédites qui pèsent sur ces espèces. Dans la première session du Segment, plusieurs ministres ont décrit leurs propres travaux en la matière et donné leur vision du rôle et de l’importance de la CMS, et de la façon dont ses priorités devraient être reflétées dans le Cadre. La seconde session en ensuite invité les représentants de plusieurs organisations intergouvernementales et accords multilatéraux sur l’environnement (AME) à réfléchir sur les points de vues exprimés par les ministres, sur la CMS et sur la connectivité écologique.

Segment de haut niveau: Priorités en matière de conservation des espèces migratrices dans le contexte du Cadre mondial de la biodiversité pour l’après 2020

Abhilash Khandekar, journaliste, a salué les intervenants et les participants du Segment de haut niveau. Prakash Keshav Javadekar, Ministre indien de l’environnement, des forêts et des changements climatiques, s’est dit fier des récentes avancées de l’Inde dans la réhabilitation des populations de tigres, d’éléphants et de rhinocéros. Il a signalé l’importance des ONG et des communautés locales dans la protection et la conservation de la biodiversité et a affirmé qu’il est possible de vivre en harmonie avec les espèces migratrices. Il a estimé que 2020 pourrait être une « super année » pour la biodiversité et pour jeter les bases de la décennie à venir, et a annoncé que le projet de Déclaration de Ghandinagar sur les priorités en matière d’espèces migratrices intégrera des suggestions émises durant le Segment de haut niveau.

Amy Fraenkel, Secrétaire exécutive de la CMS, a fait observer que celle-ci est la première CdP à la CMS depuis que la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) a tiré la sonnette d’alarme en annonçant qu’un million d’espèces pourraient disparaître au cours de la prochaine décennie, dont de nombreuses espèces migratrices. Elle a signalé que de nombreuses espèces inscrites à l’Annexe I de la CMS sont en déclin et qu’il est temps « d’examiner vraiment de plus près » la façon d’intensifier l’action. Elle a évoqué la position privilégiée où se trouve la CMS pour éclairer les débats sur le Cadre mondial de la biodiversité pour l’après 2020 et pour aider à assurer la cohérence et l’alignement de celui-ci avec les Objectifs de développement durable (ODD) et les autres AME. Elle a indiqué que les principales priorités consignées dans l’avant-projet du Cadre mondial de la biodiversité pour l’après 2020 (CMS/COP13/Doc.17) comprennent : la conductivité écologique ; la mise en œuvre collective ; les Stratégies et plans d’action nationaux pour la biodiversité (SPANB) ; et les engagements sur des espèces spécifiques.

Khandekar a alors présenté le panel de ministres, secrétaires d’État et ambassadeurs. Ensuite, il a modéré la discussion du panel à l’aide d’une série de questions spécifiques. En réponse à la question de ce que signifie la CdP13 à la CMS pour l’Inde, Javadekar a souligné que cette CdP est importante à l’échelle mondiale au vu du besoin de coopération par-delà les frontières politiques. Concernant les possibles engagements de coopération internationale dans le contexte du Cadre mondial de la biodiversité pour l’après 2020, Chea Sam Ang, Cambodge, a souligné que la communauté internationale a le devoir de protéger les habitats et les couloirs de migration pour les générations à venir.

Concernant les actions et engagements requis pour inverser la dynamique d’extinction actuelle, Sveinung Rotevatn, Norvège, a estimé que la biodiversité doit être intégrées de façon intersectorielle, y compris par le biais de solutions axées sur la nature et d’approches fondées sur les écosystèmes. Babul Supriyo, Inde, a ajouté que les espèces migratrices ne peuvent s’exprimer pour elles-mêmes.

Concernant la façon d’intégrer les exemples de politiques publiques réussies dans le Cadre mondial de la biodiversité pour l’après 2020, Kumari Weerasekara, Sri Lanka, et Muhammed Ali Tatwany, Arabie saoudite, ont évoqué des exemples de gouvernance environnementale dans leurs pays. Jochen Flasbarth, Allemagne, a cité l’ancien Président des États-Unis, John F. Kennedy, et a exhorté les participants à se demander ce qu’ils peuvent faire pour soutenir les travaux de la CMS et mettre en œuvre des instruments permettant de protéger les espèces migratrices. Tomislav Ćorić, Croatie, a évoqué les solutions de connectivité mises en œuvre dans son pays et souligné que le Cadre mondial de la biodiversité pour l’après 2020 doit fixer des objectifs stricts et des cibles quantifiables pour réussir.

Concernant le rôle des espèces migratrices dans le Cadre mondial de la biodiversité pour l’après 2020 et dans les SPANB, Yann Wehrling, France, a appelé à agir de toute urgence et s’est dit favorable à la cible proposée pour 2030 de placer sous protection 30% de la planète sous forme de réserves naturelles interconnectées. Il a par ailleurs souligné que les changements climatiques et la perte de biodiversité doivent être abordés de façon cohérente.

Keshav Varma, du Forum mondial sur le tigre, a cité le récent rapport du Forum économique mondial ayant conclu que plus de 50% du PIB mondial est menacé du fait de la perte de ressources naturelles, et a demandé comment l’industrie prévoit d’investir dans la conservation de la nature. Ćorić a souligné que le seul choix possible est la durabilité.

Sue Lieberman, de la Wildlife Conservation Society, a souligné qu’un niveau plus élevé d’ambition est requis pour maintenir l’intégrité des écosystèmes et assurer leur connectivité, et a demandé aux intervenants s’ils sont prêts à s’engager sur la protection de 30% de leurs territoires d’ici 2030, comme le prévoit l’avant-projet du Cadre mondial de la biodiversité pour l’après 2020. Flasbarth a estimé que cette cible n’est pas assez ambitieuse et que l’impact de tous les secteurs économiques doit faire l’objet de solutions pour enrayer la perte de biodiversité.

La session suivante a accueilli des représentants de plusieurs organisations intergouvernementales et AME. Interrogée au sujet de son sentiment vis-à-vis des discussions de la session précédente et de la CdP13 à la CMS, Elizabeth Maruma Mrema, de la Convention sur la diversité biologique, a signalé que le Cadre pour l’après 2020 sera simple et porteur de changement, mais peu susceptible d’inclure des cibles différentes de celles déjà adoptées dans les Objectifs d’Aichi. Elle a indiqué que le Cadre est censé guider les pays dans leur action au niveau national, et non pas leur fournir toutes les réponses. Elle a par ailleurs indiqué que la connectivité et les espèces sont des thèmes déjà présents dans l’actuel avant-projet.

Interrogé sur les actions et engagements requis pour inverser la courbe du déclin des espèces, Ovais Sarmad, de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), a mis en exergue le rôle des Contributions déterminées au niveau national (CDN). Martha Rojas Urrego, de la Convention Ramsar sur les zones humides, a souligné l’importance de la protection des habitats tels que les zones humides. Ivonne Higuero, de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvage menacées d’extinction (CITES), a souligné le besoin de mettre en place des indicateurs pour mesurer les progrès accomplis par les Parties au regard des nouvelles cibles.

John Scanlon, de l’organisation African Parks, a signalé que la CMS est la seule convention qui relie les espèces aux habitats, et souligné que l’actuel avant-projet ne reflète pas cet état de fait. Fraenkel a ajouté que la formulation de l’avant-projet relative aux espèces pourrait être plus engagée.

Khandekar a demandé aux intervenants de réfléchir à l’importance de la connectivité écologique dans leurs travaux mais aussi dans le Cadre mondial de la biodiversité pour l’après 2020. Scanlon a trouvé encourageant que l’avant-projet établisse des liens avec les changements climatiques et les ODD, et a estimé important de dépasser la vision de la biodiversité comme un domaine isolé. Higuero a mis en lumière le coût élevé de la conservation, en faisant valoir que sans les moyens financiers nécessaires à la mise en œuvre, le Cadre n’ira nulle part. Elle a instamment appelé à la coopération avec toutes les parties prenantes pour financer les activités. Fraenkel a appelé à faire un meilleur usage du concept de connectivité dans l’avant-projet.

En réponse à une question sur le rôle du secteur privé, Rebecca Lent, de la Commission baleinière internationale, a déclaré que le travail multisectoriel est absolument indispensable et a évoqué l’importance de dépasser les évaluations purement commerciales lorsqu’on examine les impacts sociaux et économiques.

Theresa Mundita Lim, du Centre ASEAN pour la biodiversité, a signalé que la conservation des espèces migratrices a aidé à mettre en lumière les besoins en matière de coopération transfrontières et multi-secteurs. Joyce Msuya, du PNUE, a mis en exergue d’importantes initiatives autochtones et communautaires qui s’appuient sur des mesures simples pour protèger les espèces migratrices.

Sur la façon dont le Cadre mondial de la biodiversité pour l’après 2020 pourrait reconnaître le rôle des organisations dans la mise en œuvre des composantes relevant de leur compétence, Martha Rojas Urrego, de la Convention Ramsar, a souligné que le Cadre devrait porter sur les habitats et prendre compte les contributions de tous les AME. Elle a souligné l’importance de réduire la charge de travail que représente l’établissement de rapports pour les Parties, notamment en favorisant les synergies entre indicateurs, de façon à leur permettre d’utiliser moins de ressources et d’être plus efficaces dans la mise en œuvre.

Sarmad a plaidé pour un « multilatéralisme ouvert », qui rassemble non pas seulement les acteurs gouvernementaux mais également la société civile, les individus et le secteur privé, pour mettre en œuvre les cibles et objectifs des AME. Msuya a indiqué que le mandat du PNUE consiste, entre autres, à agir en matière de biodiversité et de changements climatiques en lien étroit avec les treize conventions auxquelles il est associé.

Higuero a souligné que la mise en œuvre est de la compétence des Parties. Elle a fait valoir que mesurer le degré de réussite est le plus grand défi des conventions relatives à la biodiversité, et a suggéré d’utiliser les indicateurs préexistants.

Dans une réflexion au sujet du temps qu’il a passé à la CITES, Scanlon a indiqué que le problème n’est pas un manque de coopération entre les secrétariats des diverses conventions, mais plutôt l’échec de la mise en œuvre malgré cette coopération. Il a appelé à moins mettre l’accent sur les synergies au niveau le plus élevé et à s’efforcer d’en établir au niveau du terrain.

Tout en reconnaissant les mérites d’un alignement du Cadre pour l’après 2020 sur l’Accord de Paris et les ODD, Fraenkel a souligné la valeur ajoutée d’une démarche axée sur les espèces pour motiver les populations et pousser les gouvernements à agir.

Avant de clore le panel, les questions et commentaires du public ont globalement signalé que le Cadre mondial de la biodiversité doit être ouvert et utile à tous, à savoir toutes les conventions et parties prenantes, y compris les villes, la jeunesse, les communautés et les peuples autochtones.

Dans les couloirs

S’il y a un mot pour résumer les pourparlers du Segment de haut niveau de ce dimanche, ce serait celui de connectivité. Dans le contexte de la CMS, cela fait référence au maintien des liens entre les principaux sites migratoires, mais aujourd’hui il était également employé pour mettre en lumière les liens entre les divers AME ayant trait de près ou de loin aux espèces migratrices, comme la CITES, la CDB, la Convention Ramsar et d’autres. Certains ont souligné qu’il faut montrer la pertinence de la CMS aux processus ayant de meilleurs accès au financement, à savoir ceux relatifs aux changements climatiques et aux ODD. D’autres ont insisté sur le besoin d’inspirer et de stimuler la volonté politique sur la base de la valeur intrinsèque des espèces elles-mêmes, et sur l’impératif moral de prévenir les dommages et de maintenir l’intégrité écologique. Quoi qu’il en soit, un aspect sur lequel la plupart des délégués ont été d’accord, c’est le besoin de financements accrus pour stimuler la mise en œuvre, mais les avis divergeaient quant à la façon de les mobiliser. Quelques délégués ont affirmé que le financement suivra si des engagements plus fermes sont pris, mais d’autres ont rétorqué qu’il est difficile de prendre des engagements plus fermes sans l’augmentation de financements qui doit aller avec. Les délégués sont restés optimistes quant à la capacité de la CdP13 à faire avancer ces questions. Comme l’a dit un délégué, « il faut que nous soyons capables de dire dans des termes simples : voici ce que nous devons faire, voici pourquoi, et voici comme nous allons le faire ».

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